Histoire de Mont-Saint-Éloi
Deux tours à l’horizon, des siècles à raconter.
Perché sur une colline de l’Artois, près d’Arras, Mont-Saint-Éloi se reconnaît à la silhouette de son ancienne abbaye. Mais derrière ce monument, l’histoire se poursuit dans les rues, les maisons de pierre blanche et les lieux de mémoire. Nous vous invitons à découvrir les grandes étapes qui ont façonné le village et son patrimoine.
Saint Éloi et les origines de l’abbaye
Les premiers récits liés au site mêlent histoire religieuse et tradition locale. Selon cette dernière, saint Éloi serait venu prier sur la colline au VIIe siècle. Le souvenir de saint Vindicien est également associé aux lieux : c’est pour abriter ses reliques qu’une église est construite au Xe siècle, vers 930.
Une étape importante intervient en 1068, lorsque la communauté religieuse devient une abbaye de chanoines réguliers suivant la règle de saint Augustin. Au fil des siècles, l’établissement prend une place considérable dans la vie religieuse de l’Artois. Ses bâtiments sont agrandis et transformés, notamment avec la reconstruction de l’église dans le style gothique au début du XIIIe siècle.
Les deux tours ne datent pas du Moyen Âge
L’origine médiévale de l’abbaye pourrait laisser penser que ses tours ont près de mille ans. Pourtant, les vestiges visibles aujourd’hui proviennent de sa reconstruction au XVIIIe siècle. Les bâtiments anciens sont alors remplacés par un ensemble d’architecture classique, dont la façade monumentale marque durablement le paysage.
À l’origine, les deux tours atteignent 53 mètres de hauteur. Elles composent la façade occidentale de l’église abbatiale, dont elles ne représentent qu’une partie. Pour imaginer l’abbaye disparue, il faut donc regarder au-delà des tours et se représenter l’ensemble des constructions qui occupaient autrefois le site.
Quand les pierres de l’abbaye deviennent celles du village
La Révolution française met fin à la vie de la communauté religieuse. L’abbaye ferme en 1792, puis ses bâtiments sont vendus et progressivement démantelés pour récupérer les matériaux. Les tours échappent à cette disparition : en 1836, l’intervention de l’État et du Département permet de les sauvegarder.
Une partie des pierres de l’abbaye connaît cependant une seconde vie. Réemployées dans la construction de maisons du village, elles inscrivent l’histoire du monument dans le paysage quotidien. Certaines façades de pierre blanche prolongent ainsi, à leur manière, la présence de l’ancienne abbaye.
La Grande Guerre transforme le paysage
Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, l’abbaye est donc déjà largement en ruines. À partir de 1914, les tours servent de postes d’observation aux troupes françaises, qui surveillent les positions allemandes vers Lorette et Vimy. Leur emplacement en hauteur en fait un point stratégique, mais aussi une cible pour l’artillerie.
En 1915, les bombardements détruisent leur dernier étage. Leur hauteur passe de 53 à environ 44 mètres. La silhouette irrégulière que nous connaissons aujourd’hui porte ainsi la trace de deux bouleversements distincts : le démantèlement de l’abbaye après la Révolution, puis les destructions de la Grande Guerre.
Le cimetière militaire d’Écoivres conserve une autre mémoire du conflit. Il rassemble des sépultures de soldats français, du Commonwealth et allemands morts pendant la Première Guerre mondiale, rappelant la dimension internationale des combats qui ont marqué le territoire.
La Seconde Guerre mondiale laisse également son empreinte. Près du cimetière communal, un monument rend hommage aux 57 soldats du 4e régiment de dragons portés morts en 1940 en tentant de freiner l’avancée allemande.
Au-delà des tours, d’autres histoires à découvrir
Près du hameau d’Écoivres se dressent les Pierres Jumelles, également appelées Pierres d’Acq ou Pierres du Diable. Ces deux grands blocs de grès, classés monuments historiques depuis 1889, ont nourri de nombreuses légendes. Leur datation demeure discutée : mieux vaut les découvrir comme des témoins d’un passé encore partiellement mystérieux plutôt que leur attribuer une origine certaine.
Le patrimoine religieux mérite lui aussi le détour. L’église Saint-Martin d’Écoivres, construite au XVIe siècle, se distingue par sa flèche à crochets sculptés. Dans le bourg, l’église Saint-Joseph, édifiée en 1881, raconte une autre période de la vie du village, bien après la disparition de la communauté abbatiale.
Préserver les vestiges, transmettre leur histoire
Les ruines de l’église abbatiale sont classées monuments historiques le 8 juin 1921. En 2008, leur propriété est transférée au Département du Pas-de-Calais. La protection est élargie en 2015 avec l’inscription de l’ancien enclos abbatial, comprenant notamment son sol, son sous-sol et plusieurs vestiges encore en élévation.
Aujourd’hui, Mont-Saint-Éloi fait partie du réseau Village Patrimoine. Un parcours accompagné de panneaux d’interprétation permet de découvrir plusieurs lieux remarquables et de mieux comprendre ce que le paysage conserve du passé. Une invitation à poursuivre cette lecture sur place, en prenant le temps de regarder les détails.